POI 57 - Comité Mosellan

IO n°82 (28-01 au 3/02)

jeudi 28 janvier 2010 par pierre

L’ÉDITO PAR DANIEL GLUCKSTEIN

“Bizarrerie”.

Sur les retraites, Sarkozy a un objectif : réaliser « le consensus le plus large possible ». C’est du moins ce qu’il a déclaré sur TF 1, ce 25 janvier. Dans ce but, il a revendiqué comme son « devoir » d’ouvrir une discussion avec la première secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry. A cet appel, qu’a-t-on répondu à « gauche » ? Membre de la direction nationale du Parti socialiste, Claude Bartolone a déclaré : « Si le président de la République veut permettre un débat honnête, il faut que, sur la question de la retraite, il prenne tout de suite des engagements (sur) le niveau des salaires de remplacement, les emplois pénibles, les actions qu’il (Sarkozy — NDLR) veut mettre en oeuvre pour combattre le chômage des jeunes et des seniors. » Ici apparaît une… bizarrerie. En effet, dans son intervention télévisée, Sarkozy, s’engageant à examiner « toutes les pistes » possibles pour sa contre-réforme, en a évoqué précisément deux. D’une part, « un allongement de la durée de cotisation » et, d’autre part, il a confirmé que « les décisions concerneront tout le monde », ce que son ministre du Budget et de la Fonction publique, Eric Woerth, avait annoncé la veille, en promettant de poursuivre la « convergence entre la fonction publique et le secteur privé » (lire page 6). La presse, unanime, traduit : le calcul des pensions des fonctionnaires sur les six derniers mois de traitement est dans le collimateur. Bizarrement, donc, sur ces deux contreréformes annoncées — l’allongement de la durée de cotisation et la remise en cause du Code des pensions civiles et militaires —, Claude Bartolone n’a pas entendu les menaces du président. Sinon, comment comprendre que parmi les « engagements » qu’il demande à Sarkozy ne figure aucun de ces deux points ? Même remarque pour Benoît Hamon. Porte-parole du Parti socialiste (et, en principe, représentant de son « aile gauche »), il déclare : « Allonger la durée de cotisation ne sert à rien tant qu’on n’aura pas réglé le problème de l’emploi des seniors. » Faut-il comprendre que, à condition de contraindre les anciens à travailler plus longtemps, l’allongement de la durée de cotisation pour le départ à la retraite serait acceptable ? Petit à petit, un scénario se met en place. Un scénario qui voudrait préparer les conditions d’un consensus politique (1) s’insérant dans un calendrier : rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) (2), rendu public le 27 janvier, puis sommet de l’agenda social, le 15 février. Un scénario dont l’objectif est de « créer les conditions d’un consensus dans lequel les organisations syndicales participeraient à la remise en cause des régimes de retraite » (3). Mais rien n’est joué. La bataille ne fait que commencer pour mettre en échec le consensus et forger l’unité pour dire : « Ne touchez pas à nos retraites. »

Daniel Gluckstein Secrétaire national du POI

(1) Quant aux députés du Parti communiste et du Parti de gauche, ils exigent « une réforme profonde du financement des retraites ». (2) Mis en place par le gouvernement Jospin, il compte 39 membres, parmi lesquels huit parlementaires, cinq représentants des organisations patronales et dix des organisations syndicales. (3) Extrait de l’appel du IIe Congrès du POI.


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